Novembre

[E-mail à Claire D.]
Mercredi 1er novembre à 20h34
Chère Claire,
Merci pour ce conseil cinématographique : Björk est sublime d'humanité, un film éprouvant qui m'a donné la nausée. Magnifique réalisation, une musique envoûtante, une voix à fondre en larmes...
J'espère te retrouver bientôt.

Dimanche 5 novembre
Départ d’Heleen hier. Nous ne nous reverrons probablement plus. La semaine s’est bien déroulée, sans anicroche aucune, mais sans accroche fondamentale pour moi. Je n’ai pu m’empêcher de faire croître une distance entre nous, rendant le lien tout au plus cordial. L’instinct n’a plus vibré à son contact : une silhouette et un comportement trop masculins, un rire par brèves poussées sonores trop fréquents, une impossibilité de dialogue véritable (la barrière de la langue bien sûr), et ces facteurs indéfinissables qui m’ont inexorablement détaché d’elle, les jours passant. La promiscuité avec elle m’a même coûté, vers
la fin (j’ai essayé de n’en rien laisser paraître), et un soulagement m’a submergé à son départ. Salaud sans doute, mais l’hypocrisie scripturale n’arrangerait rien.
Dois-je mettre cette indisposition psychologique sur le compte d’un ancrage en moi du célibat comme choix existentiel, ou par le doux parasitage d’une autre figure féminine qui me hante (Claire en l’occurrence) ? J’inclinerais pour la voie de l’ambiguïté, comme Merleau-Ponty : un mélange indistinct des deux.
Me voilà de nouveau en vase clos pour un dimanche studieux.
Acceptation officielle de mes interventions à l’Université Jean Moulin, commencement vendredi dernier des cours auprès des BTS et prise en charge de deux projets tutorés d’étudiantes en IUT. Mon activité s’élargit et ma douce grand-mère semble plus rassurée sur mon aléatoire professionnel.
La monomanie médiatique sur la sécurité alimentaire accentue son champ d’action : la côte de bœuf risque de disparaître de nos assiettes selon le sacro-saint principe de précaution. J’ai dégusté un bon tartare avec huile d’olive, sel et moutarde hier soir : si maladie de Creutzfeldt Jakob il y a, elle est déjà en moi, en cours d’incubation. Certaines cantines scolaires ont rayé de leurs menus la viande de bœuf dans sa généralité.


[E-mails à Claire D.]
Lundi 6 novembre à 10h12
Chère Claire,
J'espère que tu vas bien et que ton week-end s'est bien déroulé.
Pour moi la semaine avec Heleen a été sympathique, mais en fait je ne ressens rien pour elle autre qu'un sentiment cordial. Je ne pense pas que nous nous reverrons.
Je t'embrasse.
A 10h20
[Ca te convient fin novembre ?] Bien reçu chère Claire, cela me convient parfaitement.

[Je crois que j’ai besoin de trouver mes marques dans la solitude.] En ce qui concerne l'envie d'isolement je te comprends d'autant plus qu'après cette semaine passée avec Heleen, j'avais une envie irrépressible de me retrouver seul, signe d'un manque d'attachement à elle.
Même sentiment pour la musique de Björk, je vais probablement m'acheter ses oeuvres... Sa personnalité me fascine, son esthétisme changeant aussi.
Alors, retrouves-toi bien, Claire.
A bientôt.

A 11h25
[Comment expliques-tu ce changement de sentiment pour Heleen ?] Difficile à expliquer : certaines personnalités te galvanisent, leur présence te nourrit, te séduit, tu n'as en tête que de les revoir. Heleen ne fait pas partie de celles-ci. En fait, après auto-analyse, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse d'un véritable changement. J'avais au tréfonds ce sentiment, mais la promiscuité l'a révélé de façon cruelle...
Et puis la barrière de la langue (malgré une bonne maîtrise du français, elle ne peut avoir une part réelle dans une conversation) a limité nos échanges. Même physiquement, je n'ai pas ressenti une attirance véritable, allant jusqu'à devoir faire apparaître d'autres images pour répondre à ses attentes... Je m'en voulais de ce désengagement... mais elle avait tant insisté pour venir, malgré mes mises en garde...
Je t'embrasse chère Claire.

[E-mails à Claire D.]
Mardi 7 novembre à 10h24
Chère Claire,
Mon moral semble se porter correctement, sans turbulence jouissive mais sans gouffre déstructurant non plus.
J'ai reçu ce matin un long e-mail d'Heleen, peinée par cette semaine. Je vais essayer de lui expliquer précisément mon sentiment sur ce séjour, dans la gentillesse.
Je t'embrasse.

A 10h50
Finalement, c'est assez contradictoire puisqu'elle me dit qu'elle est venue revoir "un bon ami" et qu'en même temps elle me reproche cette distance instaurée
entre nous...
Je n'avais, en fait, pas appréhendé ce changement en moi, et je ne voulais pas la blesser pendant ce court séjour, j'ai donc dû mal gérer l'affaire... Enfin, avec mon e-mail les choses seront plus claires, je pense...
Des retrouvailles "fulgureuses" ? je ne connaissais pas cet adjectif... merci de me nourrir chère Claire. Au fait, l'héliothérapie c'est le traitement par le soleil...

A 11h46
Bravo chère Claire,
Je viens de regarder dans mon vieux Littré en 7 volumes : si l'adjectif "fulgureuse" n'existe pas, en revanche le verbe "fulguriser" est un mot plaisant utilisé à la place de foudroyer (comme le coup de foudre) : ton ajout d'un adjectif se légitime donc tout à fait.
En fait nous ne nous sommes vus que lors de son séjour à Lyon en août. Cela a été notre seul précédent, sur quinze jours, et pas dans une quotidienneté.


[Je dois t’avouer que moi aussi j’apprécie particulièrement notre correspondance. Je crois finalement que nous sommes très différents et en ce sens complémentaires. J’aime ton petit côté littéraire, mais aussi le recul que tu portes sur la vie, sur l’amour...]
Tu sais Claire, le lien que nous avons par écrit est le plus prenant que j'ai actuellement, même s'il n'est pas charnel (à mon grand regret, hé hé !). J'aime non seulement ta compagnie, mais toutes les manifestations de ta personnalité. Quel que soit ton regard sur moi, j'espère te connaître de mieux en mieux et devenir, au moins (ou au plus, selon le prisme d'abordage), ton ami, vraiment.
Pour le temps on a encore droit à quelques rayons de l'astre, mais cela tient de la rareté, sauf dimanche dernier où l'on annonçait le "cataclysme" et où le soleil a régné toute la journée.

A 17h32
Si différent sans doute, mais le côté torturé du bulbe, qui s'échauffe les connexions neuronales pour un rien, je connais ça aussi, et cela parasite beaucoup mon instinct... Finalement cela est peut-être mieux au regard de ma gourmandise débridée...
Nous ne nous sommes vus que deux fois chère Claire, mais je peux témoigner que nos échanges emailstolaires correspondent parfaitement à l'image que tu
m'as donnée : une richesse intérieure sans conteste et une densité de présence...
Ce simple message de toi, avant que je n'aille philosopher sur "le désir et les passions" avec une élève que je suis (le thème est exact !), à travers Rousseau et Malebranche, m'a rempli de bien-être... Signe d'une influence incontestable... Il faut que je fasse attention à ne pas trop "sniffer" de tes mails... Mais ne décroît pas le rythme si cela te plaît.
Tu as pu acheter Björk, ou pas encore ?
Je t'embrasse et à très vite...

[E-mail à Heleen D.]
07.11 à 10h36
Je crois que nous aurions dû effectivement fixer plus précisément les règles. Je n'avais pas appréhendé ce changement avant ta venue, et je ne saurais rationnellement l'expliquer.
Je suis tout à fait désolé de t'avoir "gâché" ce séjour, mais je voulais insuffler le plus homéopathiquement possible une relation amicale.
Strictement aucune "fierté" de ma part sur ma dernière "conquête", je n'en suis plus à ces réactions d'adolescent, et ce n'est certainement pas cette relation qui a influencé en quoi que ce soit mon changement de sentiment à ton endroit. La "rougeur" que tu a décelée provenait sans doute de ma gêne, mon partage entre une sincérité absolue avec toi et le fait éventuel de te blesser...
Il est vrai que je n'ai pas su gérer cette distance inéluctable et que j'aurais dû mettre tout à plat, mais je ne voulais pas entacher ta venue d'une conversation en forme de catharsis.
Pas la peine de pousser ton dépit jusqu'à me demander de rembourser ta place de spectacle : Catherine m'avait proposé que je vienne accompagné et j'ai donc choisi quelqu'un qui me fasse plaisir, toi en l’occurrence.
Voilà pour la tentative d'explication et d'éclairage.
Bien sûr que je serais très heureux d'avoir de tes nouvelles.
Amicalement.

[E-mails à Claire D.]
Mercredi 8 novembre à 9h13
Bonjour chère Claire,
J'espère que tu as passé une bonne soirée avec Gaëlle et une nuit réparatrice avec ton polochon.
Elle en a de la chance d'être en ta compagnie pour trois jours ! Pourquoi est-ce "frustrant" de refaire le monde avec elle ?
[Pourquoi faut-il faire attention à mes mails ? Je te rassure, ils ne sont pas envoûtés, donc rien à craindre !] Pour tes mails, c'était évidemment une boutade, mais tout de même : plus j'en reçois, plus je les attends, c'est une gourmandise qui a l'avantage de ne jamais mener à l'indigestion... Un peu comme lorsque je vois ton regard si agréable dans l'intensité, et ta folle chevelure...
J'ai hâte de te retrouver...

A 10h25
Cela me rassure sur mon propre état mental, je me sens moins isolé dans mes réactions : cette lassitude face à quelqu'un qui "envahit" ton univers, je l'ai
ressenti par rapport à Heleen... Il n'y a en fait plus d'affaires de coeur pour moi. Je n'ai pas encore eu de réponse à mon mail, mais cela ne changera pas mon absence de disposition envers elle. En l'espèce, l'éloignement est plutôt salutaire pour que, naturellement, elle se fasse une raison.
Mon moral va bien. Heïm m'a envoyé un gros ouvrage Un français libre - Journal 1960-1968 de Jacques d'Arribehaude qu'il n'aime pas du tout, même si le style est de qualité. Il voudrait avoir mon avis... Je vais essayer de m'y plonger donc...
Je t'embrasse itoo Claire.

[E-mails à Claire D.]
Jeudi 9 novembre à 11h45
C'est à toi de ne pas avoir le moral aujourd'hui. On se passe le relais, c'est bien. Je vais donc jouer la carte de la pétillance enflammée, pour accrocher quelques brandons à ton ciel luminescent... Bon je ne vais pas trop poéter...
Effectivement, j'ai l'avantage de quasiment gérer mon
temps comme je le souhaite et, notamment, beaucoup de matins se passent chez moi (sauf demain, obligation de 8h à 12h pour faire progresser des BTS dans la technique du résumé et pour leur ouvrir le thème de la mythologie et son importance dans notre monde). Le revers de la médaille, c'est une précarité de ma situation, mais en bon célibataire cela ne me soucie pas encore.
La peinture te manque, et tu ne pratiques plus du tout ? Aurais-je le privilège de voir un jour ce que tu fais ?
Je voudrais pouvoir t'accompagner dans ces promenades... Tu vas faire quoi pour ces deux jours ? Moi, rien de prévu...
Je t'embrasse affectueusement (on varie un peu) et j'espère à très vite.
Tu n'as pas d'ordinateur chez toi ou de Minitel, pour que l'on puisse dialoguer un chouïa, si l'envie nous prend ?
Bon courage.

A 17h10
Hier, achat de Björk dans Dancer in the dark, et du dernier Omar (de la Soul)... Tellement emballé par l'attachante demoiselle, j'ai acheté aujourd'hui ses deux premiers albums... me voilà un quasi inconditionnel : sa voix, sa personnalité, son charisme en fait... voilà une personne que j'aimerais rencontrer... Voeu pieux bien sûr. Mais si je trouve son site internet, je lui laisserai un témoignage... en français malheureusement... Ses envolées vocales me bercent...
Ecouter Björk tout en te lisant (ce que je viens de faire) c'est presque un trop plein de plaisir.
Si tu veux des enregistrements sur cassettes, n'hésite pas à me demander...
En te souhaitant une bonne soirée, si tu vois l'e-facteur avant ton départ.

[E-mail à Claire D.]
Vendredi 10 novembre à 13h13
Chère Claire,
Journée chargée pour moi, je passe en coups de vent... Pour la cassette, veux-tu l'intégral des musiques du film et une sélection de morceaux pour les deux autres albums ? Tu sembles préférer les airs lents, il y en a quelques-uns... La couleur musicale reste la même.
A quelle adresse puis-je te l'envoyer ?
Je t'embrasse. Très bon week-end.

Samedi 11 novembre
J’achève une solitaire grasse matinée de jour férié par quelques mouvements du poignet... pour remplir ces pages.
Heïm m’a envoyé le Journal d’un français libre - 1960-1968 de Jacques
d’Arribehaude, fondateur, entre autres choses, du Bulletin célinien. Dans son envoi, Heïm m’indique qu’il ne l’aime pas du tout, malgré une indéniable qualité du style, et souhaiterait avoir mon avis. J’ai donc pénétré ce gros pavé (de circonstance !) de presque neuf cents pages en caractères serrés. Quelques dizaines lues selon l’ordre chronologique, puis quelques autres piochées au hasard des époques, comme l’on peut faire avec un recueil de poésies. Encore trop tôt pour donner une impression valable, mais pour l’instant je n’accroche pas vraiment, le plaisir de lecture n’y est pas. Lire celui de Léautaud, c’est une gourmandise de chaque instant, approcher celui de Bloy se déguste comme un alcool fort... Pour d’Arribehaude, je me sens comme étranger aux propos, je ne retrouve pas cette bourrasque littéraire vantée par Pol Vandromme. Attendons peut-être l’acclimatation au ton et la familiarisation au contenu.
Poursuite de ma correspondance internet avec Claire et point final à ma relation avec Heleen par e-mail. Insensible avec celles qui me veulent, couillon avec celles que je voudrais : je ne suis pas prêts de vivre une nouvelle union. M’est venu hier le titre d’un improbable second tome de ce Journal, alors que la parution du premier n’est en fait pas encore arrêtée : L’insatisfait.
Comment mobiliser les médias avec du rien : l’hystérie vache folle et l’absence de résultats aux élections américaines. Pour la première non-affaire, les médias entretiennent quotidiennement la psychose diagnostiquée et tout intervenant affine son raisonnement avec des formules devenues des lieux communs comme le sacro-saint principe de précaution et la parade-bonne-conscience du « risque zéro n’existe pas ! ». Avec ces deux formules on justifie toutes les interdictions de viande de bœuf dans des établissements publics et on excuse par avance tout cataclysme culinaire... Entre ces deux bornes, la petite boîte médiatique transmet ses ombres et finit par influer sur la réalité.
Le bouffon feuilleton américain aurait pu lui se régler par un : « nous n’avons plus d’informations d’importance à donner avant la promulgation définitive des résultats ». Non, la déontologie journalistique incline à se faire la chambre de résonance de tout épiphénomène.
Toujours aucune nouvelle de Shue, et demain c’est son anniversaire : je lui expédierai un e-mail pour me rappeler à son bon souvenir.

Dimanche 12 novembre
Rencontre musicale avec l’islandaise Björk. En une semaine, j’ai acheté la totalité de son œuvre : quatre CD pour une carrière en solo commencée au début des années quatre-vingt dix. Le son Björk tient à la fois du mystique déjanté et d’un déphasage obsessionnel.

[E-mail à Shue]
12.11
Chère Shue,
Je n'ai plus de nouvelles, mais j'espère que tout va bien pour toi.
Je viens par ce message te souhaiter le plus doux des anniversaires.
Au plaisir de te lire. Je t'embrasse.

[E-mail à Heïm]
Lundi 13 novembre à 11h24
Objet : Un Français libre
Cher Heïm,
J'espère que tu vas bien. Je te remercie pour l'envoi du Journal de D'Arribehaude.
J'ai commencé sa lecture, chronologiquement et en piochant au hasard, mais j'ai du mal à accrocher aux propos touffus et détachés. J'essaierais d'approfondir mon analyse au cours de cette découverte littéraire.
Je t'embrasse très fort.

[E-mails à Claire D.]
13.11 à 11h27
Ravi de te retrouver par ce moyen, chère Claire. J'espère que ton week-end a été doux et reposant.
Cela donne un peu le tournis ces semaines qui défilent. En fin d'après midi, réunion de rentrée pour tous les intervenants en IUT à l'université Jean Moulin de Lyon. Je vais découvrir tout ce beau monde...
Je t'embrasse bien fort.

A 16h07
[On ne peut pas dire que le week-end ait été doux et reposant. Bien au contraire ! Je suis sortie samedi soir dans le marais et j’ai rencontré un artiste et un philosophe ! Je me suis couché le dimanche matin après six heures. Et toi, qu’as-tu fait ? Ton impression sur l’IUT ?]
Hé bien, mazette ! Quelles occupations !
Pour ma part, je n'ai eu personne à voir. Lecture, écriture, musique, cinéma (Le projet Blair Witch 2) ont distrait ces deux jours.
Je te raconterai donc l'atmosphère pour l'IUT. En tout cas, les étudiantes rencontrées, la semaine dernière, pour leur projet tutoré étaient tout à fait charmantes.
A bientôt.

A 22h38
[Il ne faut pas oublier que tu restes leur prof.]
Bien sûr, je n'oublie pas, chère Claire, que la distance reste de mise. Je n'ai pas de complicité hors des contacts officiels.
[C’était comment le projet Blair Witch ?] Pour Blair Witch, j'ai été un peu déçu. Je n'avais pas vu le premier, mais j'ai trouvé celui-là faussement déjanté...
[Vas-tu bien ? Ton moral ne me semble pas être des meilleurs.] Mon moral n'est probablement pas au mieux, ce doit être mon côté cyclothymique... mais si l'on se voyait, je redeviendrais d'un coup joyeux et gai luron... Chiche, essayons ! Rappelle toi lorsqu'à la fin de notre entrevue mon humeur a changé... c'était la tristesse et la morosité de te quitter...
Voilà, je ne m'épanche pas plus sinon je vais mouiller mon message.
Tiens demain, sortie du dernier Sade... Je ne vais pas le louper...
A bientôt et gros bisous.

[E-mails à Claire D.]
Mardi 14 novembre à 9h57
[C’est une invitation à une entrevue ? Disons que nous pourrions nous voir début décembre.]

Bon, bon... moi je tablais sur fin novembre, mais comme tu es très occupée je patienterai jusque là... D'ailleurs je dois venir à Paris pour l'anniversaire de mon frère les 2 et 3 décembre... Et pour la fin d'année tu fais quoi ?
[De quel Sade parles-tu ? S’agit-il du film avec D. Auteuil ?] Pour Sade : pas notre cher marquis débridé, mais la chanteuse à la voix chaude...
Hé hop !

A 12h55
[Effectivement Sade a une jolie voix. Avec qui vas-tu passer cette soirée ? C’est peut-être un peu curieux de ma part de te poser cette question, mais je me demande si tu arrives à aller au concert seul. Je crois que j’en serais incapable !]
C'est ce qu'on appelle un quiproquo à rallonge... Pour Sade, j'ai acheté son dernier album, sorti ce matin, dans un commerce et non à un concert... du marquis !!!
[On peut alors se voir le 2 et/ou le 3 décembre. Ca te convient ?]
Je ne voudrais pas abuser, mais si je peux prendre l'option 2 ET 3 décembre, je n'hésite pas. Par ailleurs, si tu avais la possibilité de m'héberger, je peux même venir le vendredi soir, cela nous ferait une soirée en plus... Enfin je n'insiste pas, je lance des pistes.
[Pour le nouvel an, je n’ai rien de prévu. De toute façon je déteste cette fête qui n’a aucun sens.] Si je te demandais ce que tu faisais le 31, c'est parce que moi je n'ai rien programmé non plus... Ce n'est effectivement pas le fait de passer d'une année à une autre, voire même d'un millénaire à l'autre, qui me motive, mais juste de passer un joyeux moment avec toi... Et même si tu vas à une soirée organisée, je peux te servir de chevalier servant...
Enfin, voilà qui est proposé. A toi de disposer.
Flotte, flotte ici.
Je t'embrasse chère Claire. Hop...

Mercredi 15 novembre, 1h15
Prolongation de ma soirée devant le cathodique Dechavanne, tout en décryptant un extrait du Neveu de Rameau pour un de mes suivis pédagogiques.
Heleen m’a répondu très gentiment ; elle semble avoir accepté mes explications et espère que le lien amical, par cette voie, perdurera.
Avec Claire l’échange reste dense. Je la verrai, probablement, le premier week-end de décembre, lors de mon passage parisien pour les anniversaires de Jim, de
Jean, mais certainement pas du pater dont je n’ai aucune nouvelle. J’attends toujours la lettre qu’il devait m’envoyer après sa lecture de mon Journal. Curieuse attitude d’intolérance du regard que chacun peut porter sur un passé difficile. Croyait-il que ma tendance pamphlétaire, largement affichée, allait l’épargner alors qu’elle m’atteint également dans une autocritique sans concession ? C’était alors bien naïf de sa part. L’écriture m’est justement si précieuse qu’elle ne s’encombre pas des précautions du relationnel. Ne pas l’appréhender, comme lecteur, c’est ne rien saisir de l’acte d’écrire, de tout ce qui concentre l’authenticité brute d’un épanchement. D’autre part, le diariste, selon l’étiquette littéraire, met au premier plan ses humeurs et non le souci de la précision historique, à l’inverse du mémorialiste. Tout cela, je le croyais capable de l’englober avant la lecture de ma haute et claironnée subjectivité. Finalement, il aura eu un problème fondamental de communication avec ses trois fils de la première fournée. Espérons que cela ne l’inclinera pas à reproduire inconsciemment des schémas comportementaux avec ceux de la deuxième fournée.

[E-mails à Claire D.]
15.11 à 9h36
Coucou ! et un bon jour pour toi. Je travaille chez moi ce matin, alors je vais tout juste prendre mon petit déjeuner.
[Prends-tu toujours autant de plaisir à écouter Björk ?] Björk m'enchante toujours autant, oui ; je possède d'ailleurs maintenant toute son oeuvre. L'ambiance déjantée de certains morceaux est à découvrir...
Ton travail t'intéresse-t-il toujours ? Moi, ma réunion IUT avec les intervenants (titulaires et vacataires) s'est bien déroulée. Discussion avec quelques-uns (et unes), mais je ne crois pas que cela débouche sur une quelconque relation suivie, hormis avec la prof. de lettres que je connaissais avant (et qui figure dans mon Journal 99). A propos de cette année, j'ai écrit, le 31 décembre, "Le voilà ce satané jour comme les autres (...)" : tu vois que notre approche est proche ("c'est un jour comme un autre" m'as-tu écrit dans un message d'hier). Voilà, fin de l'explication de texte.
A toi, chère Claire. Je t'embrasse et merci de cette quotidienneté des jours ouvrables.
A 13h32
[Ce n’est pas une bonne journée. Je sens que ma patience commence à s’amenuiser fortement et je crains le pire car, dans de tels extrêmes, je ne réponds plus de mes réactions et de la violence de mes paroles ! Et comme cela concerne mon hiérarchique, ça devient dangereux.]
Surtout chère Claire, ne commet pas l’irrattrapable, quel que soit le degré de ta haine. Défoule toi ici, plutôt... Que se passe-t-il donc pour que tu atteignes un tel point de bouillonnement ?
Je voudrais pouvoir t'aider à passer ce mauvais moment... mais je n'ai que mes pensées à t'offrir.
Bon courage, et j'espère que ce message ne sera pas mal venu.
J'ai laissé sonné ton portable quatre fois vers midi, mais pas de réponse, j'ai préféré ne pas insister.

Jeudi 16 novembre
Deux moments agréables, ce jour : retrouvailles d’Elo pour un cours de
philosophie sur la liberté et, ce soir, petit coup de téléphone à Claire. Entendre à nouveau sa voix ajoute une dimension inégalable face à la froideur des e-mails.
Le vendredi s’annonce chargé : de 8h à 21h sur la brèche pédagogique. Je vais me laisser envahir par le sommeil en songeant à mon intervention, demain matin, auprès des BTS sur le thème de la mythologie. L’ouvrage (très bien fait) qui me sert de base a été conçu par Hélène Sabbah, sans doute ma prof. de français, en première, au lycée de Cergy Saint-Christophe. A moins qu’il s’agisse d’un homonyme complet...

[E-mail à Claire D.]
16.11 à 13h33
Je vais essayer de rattraper ma balourdise :
La remarque orthographique se voulait une boutade, comme je suis tout à côté je voulais faire le savant... Désolé.
Pour la conversation téléphonique, bien sûr que je souhaite l'avoir, mais je ne voulais pas t'obliger à parler de ton travail après ce que tu as mis dans ton message de ce matin par rapport à ta collègue de travail...
Je t'appellerai donc Claire, si tu as un créneau horaire préféré dis le moi.
Samedi, je vais moi aussi faire une tournée dans le Beaujolais.
Je t'embrasse.

[E-mail à Claire D.]
Vendredi 17 novembre à 13h20
Tu me diras ce que tu penses de la sélection Björk...

[Qu’as-tu prévu pour ton week-end hormis ton escapade dans le Beaujolais ?] Pour moi, le samedi axé sur cette fameuse virée, à partir de 16 heures, mais avant des interventions pédagogiques.
Il faudra donc que je consacre mon dimanche à des corrections de copie et à la préparation de conférences... Finalement, peu de moment pour m'amuser.
J'ai été très heureux de t'entendre, pourrait-on renouveler de temps en temps ?
Quand je suis passé à Paris, Giacometti était annoncé à Orsay, mais en fait il n'y avait que quatre ou cinq oeuvres...
Le dernier Sade est vraiment superbe de douceur, de chaleur, d'envoûtantes mélodies...
Un petit air avant de retourner au charbon... hé hop !
Un très bon week-end à toi. Loïc qui t'embrasse.

Lundi 20 novembre
Ma retraite solitaire habituelle des week-ends s’est égayée, samedi soir, d’une sortie beaujolaise avec la famille F. et quelques-uns de leurs amis. Après trois étapes chez des producteurs pour dégustation, dîner joyeux dans une auberge de la région avec primeur à volonté.
Aucune extension de mon relationnel et rien d’accrocheur côté sentimental. Je me résous à ce sort, à cet exil définitif, la plus tolérable des existences pour moi. Rien à construire, rien à laisser, je n’encombrerai ce monde repoussant qu’en témoin extérieur durant quelques décennies encore...
Démontée point par point, l’affaire Omar Adad s’avère une vaste fumisterie judiciaire dont les négligences des services officiels (de la gendarmerie au juge d’instruction) ressemblent davantage à une volonté de nuire au pauvre jardinier. La tronche et les propos inconséquents de la sœur de la victime, Mme Maréchal, parachève l’intime conviction que l’on peut avoir sur l’innocence de cet homme dont on a volé sept ans de sa vie et qui n’a été que gracié ; il reste coupable de ce crime pour la Justice impénétrable.
Reçu, enfin, une réponse de Shue, à la tonalité vaguement formelle. Est-ce le signe que nos liens vont se distendre ? Sa nouvelle vie doit être très prenante.
Claire aussi semble très occupée, et je n’espère plus de suite concrète à notre correspondance via le net.
Même sur ces pages, je n’ai plus le goût d’étaler ces fadaises.

[E-mail à Shue]
Mardi 21 novembre à 13h20
Objet : Tour d’horizon
Ravi d'avoir de tes nouvelles. Comment se passe ta nouvelle vie à Lutry ?
Pour moi, rien de nouveau sous le soleil lyonnais... Le célibat a la vie dur, ou je suis trop difficile...
Côté professionnel, j'étends mes interventions : en plus de ce que je faisais, je m'occupe maintenant, dans un organisme privé, de préparer les BTS à leur épreuve de culture générale et, dès janvier, je ferai une vacation auprès des étudiants d'IUT à l'université Lyon III dans la discipline Expression-Communication. Je suis donc bien occupé.
Je n'ai pas encore de précision pour la parution de mon Journal, cela traîne un peu en longueur. En revanche, mon père de sang a coupé les ponts après l'avoir lu : il n'a certainement pas supporté ce que j'ai écrit contre lui...
J'ai bien reçu des photos d'Alise, et j'aurais été très heureux de voir les vôtre, et notamment celle où je suis pris entre vous deux avec mon smoking loué que je ne retrouve sur aucune des photos vues jusqu'à présent.
Voilà un tour panoramique, au plaisir de te lire, et mes pensées amicales à John.

[E-mails à Claire D.]
21.11 à 9h08
[Yves a téléphoné. Nous nous sommes donnés rendez-vous chez moi. Nous sommes allés dans un restau très sympa. Il a été adorable.] De bien diverses nouvelles, et notamment la bonne sur votre "réconciliation" avec Yves. Cela fera un élément de pression psychologique de moins pour toi.
[J’espère que ta journée de dimanche s’est bien passée et que tu as bien travaillé.] Après les ripailles de samedi, j'ai décidé de passer mon dimanche en ermite, ce qui m'a permis d'avancer dans les choses à faire. Il en reste toujours malheureusement...
Bon courage à toi dans ton travail. Je t'embrasse.

A 10h58
[Tu parles vraiment très peu ! Comment vas-tu ? ton moral ?] Laconisme révélateur sans doute d'un moral en demi teinte. Le travail est certainement là pour combler des lacunes dans les semaines qui défilent. Ce que j'envie chez toi, c'est cette capacité à être très entourée et à pouvoir profiter de l'existence dans tout ce qu'elle offre de distrayant. J'ai, moi, plutôt tendance à m'enfermer dans mes terres lyonnaises, et plus spécifiquement dans mon antre. Les lignes écrites hier soir dans mon Journal, étaient très sombres. La capacité psychothérapique de l'écriture devrait faire son oeuvre.
Finalement, j'ai hâte d'une chose : faire exploser ma joie de vivre lors de mon séjour à Paris.
[Où en est la parution de ton ouvrage ? Du nouveau ?] Pour la publication, je n'ai toujours pas de nouvelles, et je commence à sérieusement douter qu'il paraisse avant la fin de l'année... Enfin, j'espère qu'il ne sera pas mis définitivement aux oubliettes. Cette affaire ne participe pas à mon pétillement faiblard, tu t'en doutes.
Je crois que je suis fondamentalement contradictoire : j'apprécie ce retrait célibataire par l'indépendance qu'il procure, mais, au fond, je préférerais être en complicité totale avec l'âme soeur, sans forcément être sous le même toit...
J'espère ne pas avoir été trop long, cette fois-ci.
Merci de tes attentions épistolaires chère Claire. Je t'embrasse.

A 15h08
[Tu sais, je sens bien que le moral n’est pas au beau fixe. Tu n’écris pas les mêmes choses quand ton moral te joue des tours, ni de la même façon. (...)
Tu es un peu comme tous ces hommes que je connais. On veut le beurre et l’argent du beurre. Je veux les avantages de l’amour de l’autre mais pas trop, car il ne faut pas que cela vienne troubler mon petit équilibre...]
J'ai dû mal définir ma pensée chère Claire,
J'espère justement ne pas être comme tous ces hommes qui font souffrir les
femmes par peur de s'engager : mon expérience lyonnaise est là pour en témoigner. Je me suis littéralement exilé pour tenter de construire quelque chose. Cela n'a pas fonctionné, mais j'ai au moins tenté. Et je sais que si l'amour me motivait encore pour quelqu'un, je serais prêt à jouer l'aventure.
Quelqu'un comme toi, par exemple, me motiverait...
Je prends ces instants de vie célibataire comme une nécessité obligée, mais que je préfère plutôt que de me mettre en couple pour me mettre en couple... En revanche, si je suis galvanisé par la dulcinée rencontrée, pas question de bouder cette occasion extraordinaire de s'unir pour la vie...
Tu vois que je ne suis pas si désespéré... Surtout, je ne voudrais pas que tu aies une image déformée de moi.
Je t'embrasse.

A 15h44
[Pourquoi dis-tu que quelqu’un comme moi te motiverait ? Et en quoi stp ?] Difficile à expliquer le pourquoi de l'attirance pour quelqu'un : déjà, j'aime ta présence, quelque forme qu'elle prenne, ton caractère, ta voix et ta silhouette. Je ressens un manque depuis que je t'ai vue, comme si ces instants partagés (que tu pourras toi juger comme anodins) relevaient du bonheur espéré... une espèce de douceur galvanisante. Pour moi ces signes là ne trompent pas... mais, évidemment, je suis dans une approche unilatérale et certainement amplificatrice, ce qui anéantit toute possibilité de croire à une éventuelle réciprocité.
Très mal expliqué, mais je le ressens plus précisément....
[Tu devrais sortir de ta bulle. Je suis sure que ton monde est plein de princesses.] Quant aux princesses lyonnaises, je ne doute pas de leur existence, mais il me semble difficile de "sortir" spécifiquement pour cela : c'est voué d'entrée à l'échec... Seul le hasard pourra créer cette volonté commune.
Enfin, je vais transcender tout cela, me détendre les zygomatiques et repartir au fond de ma bulle...
Hé hop !

[E-mail à Claire D.]
Mercredi 22 novembre à 23h21
[Je ne sais pas trop quoi te répondre. Je ne sais pas si tu te situes dans une approche unilatérale et certainement amplificatrice.] Finalement je laisse mon moral au vestiaire car mes atermoiements ne sont pas une très bonne chose, et surtout je ne voudrais pas risquer de perdre une si agréable complice comme toi. Aujourd'hui, je n'ai pas été chez moi, mais à courir un peu partout. Mon Outlow express me rejoue des tours (Hé non, cela vient de se résoudre!), c'est donc du web que je t'écris (oui, mais j'ai pu transférer sur l'Outlook). Pour les films (nous pourrions d'ailleurs peut-être y aller ensemble lors de mon séjour à Paris) j'ai retenu la sortie des Drôles de dames, Dinosaure (mais pas tout seul !!! j'aurais trop peur, hé hé hé !), à peu près tout ce qui me vient à l'esprit... Suspicion ne me tente pas trop...
Là, je viens de finir mon sujet pour les médecines, et je vais bientôt rejoindre mon dodo... Au plaisir de te lire, et avec un gros bisou sur ta joue.

Jeudi 23 novembre, 0h15
Quelques résurgences avant la tombée des voiles.
Il faut absolument que je préserve le lien quotidien (par e-mail ou par téléphone, comme ce soir) avec Claire. Sa présence, même à distance, m’est trop précieuse. Son effet tient de la sirène apaisante, une princesse de l’âme.
Ma plume ne m’entraîne pas ce soir.

[E-mails à Claire D.]
23.11 à 11h38
C'est moi qui viens à ta rencontre Claire. Tu as dû être surchargée, ce matin, pour ne point pouvoir t'accorder une pause.
Moi je rentre tout juste après avoir vu un groupe d'étudiantes pour un projet tutoré : la conception d'un journal pour une MJC... Je les revois en début d'après midi pour un rendez-vous avec le directeur de cet organisme.
Beaucoup de plaisir à t'entendre hier soir... Je serais bien resté à te raconter un joli conte... Je me suis d'ailleurs endormi avec cette idée, essayant d'échafauder les plus poétiques scénarios, mais, au petit matin, toute cette ébullition vaporeuse n'avait pas laissé de traces.
Si tu as envie de voir une exposition particulière, un musée, un spectacle ou je ne sais quoi encore, je suis partant pour tout lors de ma venue... Plus je pourrais profiter de ces instants partagés, mieux ce sera pour moi (c'est purement égoïste vois-tu !!!)..
Je vais m'éclipser pour aller faire quelques achats de boustifaille.
Je t'embrasse bien fort... Je laisse mon ordi branché pour mon retour...
Hop !

A 12h57
Il y a un souci car je n'ai pas eu celui de 9 heures... pourrais-je en avoir un résumé ?
Et toi qu'est-ce qui te tenterait d'aller voir ?
Moi pas de vacances, mais une détente supérieure avec moins de cours à donner... et, le 23 décembre, je serai à Paris.
Je t'embrasse.

A 16h46
[J’aime quand tu évoques tes états d’âme. J’ai davantage le sentiment d’apprendre à te connaître. Ce que je ne veux pas, c’est que tu m’obliges à me poser des questions sur une éventuelle réciprocité.] Alors, puisque je peux avoir le privilège de m'ériger comme distrayant, j'en profite. Me voilà de retour de ma tournée avec les étudiantes. Très bon contact et projet intéressant.
Je vais maintenant préparer mon intervention de demain matin auprès des BTS... Je vais les entraîner à la technique du résumé, car ce qu'ils m'ont rendu à la dernière séance n'est pas brillant... et, si j'ai le temps, j'aborderais le thème du langage.
As-tu eu le temps d'écouter la face de Björk que je t'avais concoctée ?
C'est bien dommage, pour ce message matinal, qu'il soit passé aux oubliettes... Peut-être qu'il contenait une information capitale !!! (sourire).
J'aimerais bien t'aider dans ton travail : je suis sûr que cela me passionnerait de travailler à tes côtés... Mais je ne dois pas avoir les compétences pour.
Si tu as un brin de temps pour me répondre, à tout de suite, sinon une très douce et reconstructive soirée...

A 21h
[J’ai écouté Björk et je préfère de loin la musique du film. Il me semble te l’avoir dit !] J'ai vérifié chère Claire, et mes neurones restent opérationnels : tu ne m'avais pas parlé avant de la face B de la cassette (si ce n'est pour me dire que tu n'avais pas eu encore le temps de l'écouter) ou alors dans le fameux message de ce matin, perdu à jamais.
Puisque tu auras ce mail vendredi matin, j'espère que ta soirée a été agréable et ne t'as pas découragé pour ton propre travail universitaire.
Moi, je reste dans mes murs alors qu'au dehors une saucée ne s'arrête pas.
Demain, quelques plongées dans Le Neveu de Rameau m'attendent...
Toutes mes pensées.

[E-mail à Claire D.]
Vendredi 24 novembre à 13h32
[Soirée sympathique en compagnie de cet ami de fac. Aujourd’hui il fait un temps magnifique à Paris. Je me sens regonflé car ma DRH m’a complimentée sur mon travail.] Que des bonnes nouvelles donc...
On doit partager le même rayon car il fait à l'instant son apparition à Lyon, après une soirée et une nuit de détrempage.
[Que fais-tu de beau ce week-end ?] Mon week-end est amputé de deux interventions, le samedi. Je nourrirai le reste du temps avec des préparations diverses, peut-être un cinéma et sans doute quelques instants de farniente et de nettoyage ménager (successivement bien sûr).
J'ai passé un bon moment avec le classique Hitchcock La Mort aux trousses (un oeil sur des écrits tout de même). Il n'a pas pris une ride dans son rythme, je trouve. Sur ce, je te souhaite de bien profiter de tes deux jours, et à bientôt...
Bisous itoo.

Dimanche 26 novembre, 1h30
Un samedi sans intérêt comme à l’accoutumée. Après une séance de gros navet américain (Charlie et ses drôles de dames), où la concentration d’effets n’occulte pas la médiocrité du reste, j’ai griffonné quelques déjantements au café Cuba que j’inscrirai peut-être ici, à moins que je les détruise.
Qu’écrire pour sortir des ressassements sclérosants ? Je ne me sens aucune vocation romanesque.

Lundi 27 novembre, 1h15
Ma capacité à écrire s’amoindrit, signe peut-être d’une monotonie existentielle et d’une insensibilisation intellectuelle. Je ne me situe dans aucune construction, mais dans la préservation d’une douillette posture linéaire.
Demain, je donne un coup de main à Sandre pour son déménagement. La voilà propriétaire de 50m2 (sans la terrasse) dans l’ouest lyonnais. Moi, je réduis mes possessions au minimum : vêtements, livres, CD et quelques meubles basiques. Je ne m’attache à rien, comme un étranger à l’univers. Même l’écriture semble ne plus constituer un relais fiable et une possibilité de laisser une trace...

[E-mail à Claire D.]
27.11 à 13h30
Comment as-tu débuté cette semaine, chère Claire ? Pour moi, une matinée de préparation avant une après-midi de déplacements.
Il faudra que je songe a te conter une historiette pour t'endormir un de ces soirs... As-tu des lectures en cours en ce moment ?
Je calme ma curiosité et t'espère bientôt ici via l'e-mail.
Mardi 28 novembre, 0h30
Soirée marquée par l’appel inattendu de Vania C. Voilà plus de dix ans que l’on se connaît et elle n’a toujours pas renoué avec la véritable joie de vivre, celle qui l’habitait lors de nos premières années de droit, celle qui faisait d’elle une fille séduisante et prête à croquer le monde. Elle traîne depuis trop d’années un embonpoint qui lui... pèse ; elle subit un célibat confortable sans perspectives constructrices, sans enfant... Un peu comme moi, les problèmes de silhouette en plus. Elle ne semble pourtant pas abattue. En tout cas, vrai plaisir de l’entendre. Je vais essayer de la voir lors de mon bref séjour parisien.
Un petit coucou à Claire dont le timbre vocal m’envoûte. Une sensualité toute en discrétion, elle m’enchante par tout ce qui s’exhale d’elle.
Ce jour, je donne un coup de main à Sandre pour son déménagement.

[E-mails à Claire D.]
Mercredi 29 novembre à 0h10
[Comment vas-tu aujourd’hui ?] Je vais bien chère Claire, mais ma journée fut physique... Je suis rentré depuis peu, debout depuis 6 heures pour aider à ce déménagement. Et je me suis mis en retard pour mon travail, mais je vais rattraper tout cela.
Que penses-tu faire pendant ces vacances, tu vas bouger (venir à Lyon par exemple, hé hé !) ? Moi, mes obligations risquent d'être fortement allégées entre Noël et le jour de l'an.
Je vais donc rejoindre mon dodo, et me laisser envahir par la douce détente d'une bonne fatigue physique. Je vais prendre mon billet dès demain pour être sûr d'avoir une place, et je prendrais l'aller pour vendredi soir... Alors si tu es dispo, j'attends ton signe.
Je t'embrasse, et à très vite.

A 22h43
[Je suis navrée, mais j’ai une mauvaise nouvelle en ce qui concerne ce week-end. Elise, ma sœur, m’a demandé de rester avec elle et de lui faire faire des maths. Elle est totalement désemparée et n’y comprend plus rien. J’espère que tu ne m’en veux pas. Je suis désolée.]
Je ne t'en veux pas le moins du monde. Je me fais une raison. Bon courage à ta soeur et bonne plongée mathématique.
Eventuellement, nous aurions pu nous faire un repas à trois, samedi midi ou dimanche midi, rapidement...
Enfin, si tu as un moment, tu m'appelles sur mon portable. Moi je repartirai le dimanche soir. A bientôt.

[E-mail à Heleen D.]
29.11
Hello chère Heleen,
Je vais bien, un peu surchargé de travail, cette semaine, car je file à Paris le week-end prochain pour des anniversaires. Et toi, es-tu enfin installée dans ton nouvel appart. ? Je n'ai pas de nouvelles de Heïm.
Je t'embrasse, et au plaisir de te lire.